I . Introduction

Le bruit représente une nuisance importante en milieu du travail. Cette nuisance touche de nombreux secteurs économiques et activités professionnelles.

Selon l'enquête du Ministère du Travail en métropole : sur 13,5 millions de salariés, 21,3% déclarent ne pas pouvoir entendre une personne qui leur parle ou ne pouvoir l'entendre que si elle élève la voix. Plus d'un salarié sur 5 se déclare donc gêné pour communiquer avec un collègue, situé à proximité, ce qui permet de penser qu'un salarié sur cinq serait exposé à des bruits trop intenses.

II. Quelques définitions

2.1. Définition du son

Le son est une sensation auditive engendrée par une vibration acoustique. il est pur quand la vibration acoustique correspondante est une fonction sinusoïdale du temps. Il se caractérise par sa fréquence et son niveau sonore.

2.2. Le bruit: définition

Sur le plan psycho sensoriel, les bruits sont des sons indésirables : Le bruit est défini comme un son dépourvu de caractère musical, plus précisément comme un son gênant, indésirable.

Pour le législateur, le bruit désigne toute sensation auditive désagréable et gênante, tout phénomène acoustique produisant cette sensation.

Sur le plan physique, il s'agit d'un ensemble de vibrations sonores, complexes, désordonnées, ayant un caractère aléatoire et n'ayant pas de composantes bien définies.

2.3. La fréquence:

Correspond au nombre de périodes par seconde, c'est à dire au nombre de vibrations complètes qui se produisent en 1 seconde. La fréquence s'exprime en Hertz (Hz). La fréquence caractérise la hauteur du son.

Les sons de fréquence basse (vibrations inférieures à quelques centaines de Hz) sont perçus comme des sons graves, ceux de fréquence élevée sont perçus comme aigus. Ainsi, la hauteur d'un son est caractérisée par sa fréquence.

 

Le champ auditif ou le domaine des fréquences audibles s'étend de 20 Hz à 20 000 Hz (ou 20 KHz)

Les fréquences conversationnelles : elles s'étendent de 500 à 2000 Hz
La sensibilité maximale de l'oreille : est comprise entre 1000 et 6000 Hz.

2.4. Le niveau sonore :

L'intensité d'un bruit correspond à l'amplitude de la vibration acoustique. Le décibel (dB) unité relative, exprime le niveau sonore d'une source bruyante.

Le décibel (dB) : correspond à peu près au pouvoir sélectif de l'oreille permettant d'apprécier une variation d'intensité. Il constitue une bonne unité relative pour caractériser physiquement et physiologiquement les sons .

Le seuil de l'audition situe le niveau minimal d'intensité audible à une puissance liminaire, pour un sujet normal, de 10-12 W/m2, ce qui correspond à une pression de 2.10-5 Pascals (20 micropascals).

 

Le décibel A ou dB(A) permet de reproduire la sensibilité de l'oreille.

En effet notre oreille est plus sensible aux moyennes fréquences qu'aux basses et hautes fréquences. Pour tenir compte de ce comportement physiologique de l'oreille, les instruments de mesure (sonomètre, dosimètre) sont équipés d'un filtre dit " de pondération A " dont la réponse en fréquence est la même que celle de l'oreille. L'unité de mesure s'appelle alors le décibel pondéré A ou (dBA).

 

III. Les bruits en milieu du travail :

3.1. Types de bruit

En milieu du travail, il existe différents types d'exposition sonore qu'il faut prendre en considération lors de l'évaluation des postes bruyants

3.2. Exemples de niveaux sonores (en dBA).

Décollage de la fusée Ariane

180

Turbo réacteur
140
Coup de fusil 130
Marteau piqueur
120 Seuil de la douleur
Walkman volume à fond, ponceuse 90 Présomption de risque pour l'audition
Radio à fond, Machine à tailler les outillages 80  
Restaurant bruyant, Bureau avec machines à écrire 70 Travail de bureau difficile
Conversation animé, Bureau bruyant 60 Fatigue
Conversation calme, Grand bureau calme 50 Travail intellectuel pénible

2.3. Les niveaux d'exposition sonore à ne pas dépasser

Selon la réglementation en vigueur (Code du travail, art. R. 232-8-2), lorsque le niveau d'exposition sonore est supérieur à 85 dB(A) ou lorsque le niveau de pression acoustique de crête dépasse 135 dB, l'employeur doit prévoir une surveillance médicale, fournir des protecteurs individuels et informer les salariés sur les risques pour leur audition.

Lorsque les niveaux d'exposition sonore sont au-delà de 90 dB(A) ou le niveau de pression acoustique de crête dépasse 140 dB, l'employeur doit établir et mettre en oeuvre un programme de mesures de nature technique ou d'organisation du travail destiné à réduire l'exposition au bruit.

Le tableau ci-dessous donne les durées maximales d'exposition sonore quotidienne à ne pas dépasser, de façon à ce que le niveau d'exposition sonore ne dépasse pas 85 dB(A) pour 8 heures/jour.

Niveau sonore en dB (A)
Durée d'exposition quotidienne maximale
91
4 h
94
2 h
97
1 h
100
30 min
103
15 min
106

7 min 30 s

109
3 min 45 s
112
1 min 52 s
115
56 s.
118
28 s.

 

Exemple : un salarié exposé à 100 dB(A) pendant 30 minutes correspond à une exposition à 91 dB(A) pendant 4heures.

3.4. La détermination du niveau d'exposition

Il s'agit de mesurer le bruit reçu. Le bruit reçu dépend de la nature des activités professionnelles et des circonstances de l'exposition au bruit des machines et équipements. Il varie en fonction de l'espace et du temps.

Deux indicateurs sont à prendre en considération :

LEX,d : L pour level (niveau en anglais), d pour day (jour), EX pour exposition.

Cet indice est déterminé à partir du niveau sonore mesuré à l'aide d'un exposimètre ou d'un dosimètre intégrateur pendant une durée d'exposition T.

 

IV. La nocivité du bruit :

Elle est liée :

4.1. aux caractères du bruit :

4.2. Aux facteurs individuels et à l'état fonctionnel.

L'âge : la fragilité cochléaire au bruit s'accroît avec l'âge ; elle devient plus marquée au-delà de 50 ans.

La susceptibilité individuelle : Certains sujets sont plus fragiles que d'autres au bruit.

La fragilisation antérieure de l'oreille : elle peut être provoquée par des affections de nature microbienne ou virale, traumatique, toxique (ototoxiques médicamenteux ou industriels) ou être héréditaire (hypoacousie familiale).

L'état fonctionnel et aspects chronobiologiques (nyctémère).

 

V. Les effets du bruit :

Le bruit a des effets directs sur l'audition : fatigue auditive, surdité professionnelle. Il a d'autres effets sur la santé et le travail, sans omettre les conséquences sur la vie sociale et familiale.

6.1. Effets sur l'audition

Les problèmes commencent généralement par la fatigue auditive

La fatigue auditive c'est un déficit transitoire sur la fréquence 4000 Hz de la perception auditive lors d'une exposition à un bruit intense. Ce déficit est récupérable dans sa quasi-totalité en quelques heures après cessation de l'exposition au bruit lésionnel.

C'est le premier stade de l'atteinte auditive. Il suffit d'une exposition de quelques heures à un bruit intense pour que cette fatigue s'installe provoquant une baisse temporaire de l'acuité auditive. La fonction auditive normale est récupérée après une période variant entre 12 et 36 heures selon les individus et l'importance de l'exposition. A ce stade on peut parler de fatigue auditive.

La surdité professionnelle évolue de façon lente et insidieuse en trois stades audiométriques et cliniques.

* 1er stade: Le scotome auditif irréversible aux 4000 Hz :

Dans un premier stade, le sujet ne se rend compte de rien, le déficit ne gêne pas sa vie relationnelle. Seule la zone des fréquences centrées sur 4000 Hz est touchée. C'est en effet aux 4000 Hz qu'apparaît une encoche ou scotome auditif. Ce trou auditif atteint 30 à 40 décibels de perte. Les fréquences adjacentes sont peu touchées, notamment dans la zone conversationnelle entre les fréquences 500 à 2000 Hz.

* 2ème stade: La période de latence:

A ce stade, l'encoche ou scotome auditif aux 4000 Hz s'approfondit jusqu'à 60 ou 70 dB(A). Elle s'élargit également les fréquences conversationnelles sont atteintes. Le sujet fait répéter, n'entend plus certains sons, surtout s'ils sont aigus, et.l'intelligibilité des mots devient difficile surtout s'ils sont courts ou monosyllabiques. Il ne comprend plus distinctement ce qui se dit surtout quand plusieurs personnes parlent. De ce fait, il commence à subir une gêne sensible dans sa vie sociale et professionnelle. De légers troubles tels que accouphènes, sifflements et sensation d'oreilles bouchées peuvent apparaître. l'audiogramme montre une aggravation du déficit auditif à 4000 Hz et extension de l'atteinte aux fréquences voisines de 2000 Hz et 4000 Hz.

* 3 ème stade : La surdité manifeste :

C'est la surdité profonde. La perte auditive atteint 100 voire 110 dB (A) à la fréquence 4000 Hz. Les fréquences adjacentes sont largement touchées. Le déficit auditif sur les fréquences conversationnelles est important : par exemple 70 dB (A) à 1000 Hz 40 dB (A) à 500 Hz, on note une perte sensible de l'audition de la voix. A ce stade le travailleur devient un handicapé sensoriel et professionnel.

VI. Les caractères de la surdité professionnelle

Elle débute par un scotome auditif aux 4000 Hz.
C'est une surdité bilatérale et symétrique.
C'est une surdité de perception atteinte endocochléaire (lésions des cellules sensorielles de l'organe de Corti). Le seuil de la conduction osseuse doit être égal à celui de la conduction aérienne les courbes audiométriques CA et CO sont superposées.
L'existence du phénomène de recrutement.
Elle est irréversible ; le sujet ne récupère pas une fois la surdité installée, sauf à la phase initiale qui correspond à une fatigue auditive .
Elle est plus marquée en audiométrie vocale que tonale.
Elle n'est pas évolutive par elle-même : les lésions se stabilisent (sans récupération) lors de la cessation de l'exposition au bruit.

Le diagnostic différentiel

VII. Effets du bruit autres que la surdité professionnelle

VIII. Prévention technique collective - Réduction des bruits à la source

par action sur le processus opératoire et suppression des chocs
par revêtements amortissants des zones d'impact et de chocs
par réductions des frottements et lubrification des engrenages
par contrôle des écoulements des fluides et maintenance des flexibles et canalisations d'air comprimé
par optimisation de ventilateurs et traitement des gaines de ventilation
par un entretien préventif et régulier des machines
par encoffrement des machines bruyantes
remplacement des outils bruyants par des modèles munis de silencieux.
Réduction de la propagation du bruit

Réduction de la transmission du bruit par voie solide : isolation anti-vibratile par socle, ressorts, amortisseurs.
Réduction de la propagation aérienne du bruit : par écrans acoustiques avec revêtement absorbant
Diminution de la réverbération des locaux: par revêtement du plafond et des parois (murs) à l'aide de matériaux et de structures absorbants ; les matériaux poreux et fibreux sont les plus efficaces.
Organisation du travail

Isoler les salariés des sources de bruit (écrans, parois de séparation partielle, cabines ou box).
Eloigner les travailleurs des machines bruyantes, zonage acoustique permettant de réduire l'exposition des salariés aux bruits lésionnels.
Limiter la durée de l'exposition aux bruits dangereux.

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anatomie de l'oreille